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Savannah Bay
Compagnie Les Rencontres Ephémères / octobre 2021
Vendredi 15 octobre à 20h, samedi 16 à 17h

Réservation indispensable au 01 43 63 41 61  ou 


Savannah Bay

de Marguerite Duras

Deuxième volet du diptyque Duras

Compagnie Les Rencontres Ephémères
Mise en scène  Gérard Elbaz
avec Martine Thinières, Stéphane Valensi
Scénographie et costumes  Emma Depoid

Le Square* (1956) est le premier texte à la structure théâtrale écrit par Marguerite Duras sous forme de roman dialogué. Dans Le Square, Marguerite Duras met en place tous les fondements de son écriture et les sillons qu’elle va creuser pour ouvrir la voie à un théâtre des visions. La pièce est traversée par le contexte économique, politique et social de cette période de l’après-guerre, avec ses espérances, ses bals populaires et la révolution structurelle du Nouveau Roman.
* mars 2019 à Lilas en Scène

Savannah Bay (1983) est la dernière pièce de Marguerite Duras, la seule dont elle a fait elle-même la mise en scène. A partir du Barrage contre le Pacifique, puis Le Ravissement de Lol V. Stein et India Song, il va s’agir pour elle, toujours, de plonger au plus profond d’elle-même et de son enfance pour faire émerger l’essentiel et l’indicible des êtres à la recherche d’un amour infini. On ne peut que raconter et regarder, mais voir, c’est créer la vie, c’est vivre. « L’amour ne peut être connu, vu que de loin. Du dehors, ne reste que cette apparence toujours miraculeuse des amants ».

Pendant les répétitions du Square, à Lilas en Scène et au Lavoir Moderne Parisien, j’entendais intérieurement résonner dans la voix de Stéphane Valensi les paroles de Madeleine de Savannah Bay. La voix de Stéphane et son extrême sensibilité, sa réserve aussi, lui confèrent, comme pour Madeleine, l’art d’être le Théâtre.
De même, Martine Thinières, avec toute sa poésie, son intensité, son intériorité et son sens de l’ellipse, donnera vie aux mots de la Jeune fille. Martine, qui a su révéler sa capacité à jouer tous les âges de la vie, notamment dans Lignes de faille de Nancy Houston, mis en scène par Catherine Marnas et dans Le Square, saura renforcer les mystères de Savannah Bay et la profondeur des sentiments.
Entre les deux pièces, les thèmes abordés ont beaucoup évolué. Si les questions sociales et politiques traversent Le Square, Savannah Bay est le fruit d’un travail incessant d’introspection de Marguerite Duras, interrogeant, inlassablement, ce qu’elle a vécu, revécu, répété, déformé durant toutes ces années d’écriture. Ce qui interpelle, c’est, à près de trente ans d’écart, avec des thèmes différents, des jeux différents, la capacité à émouvoir, à troubler, à toucher, parce que l’exigence, la rigueur, la précision de cette écriture permet toujours d’exprimer l’essentiel, le fondamental et l’indicible de nos vies.
Gérard Elbaz

Interview de Marguerite Duras du 29 septembre 1983, Gilles Costaz, Le Matin de Paris

Le Matin : Actuellement, vous pensez que, dans Savannah Bay, Madeleine est la mère de la jeune fille ? Ou vous ne nous posez pas le problème ?
Marguerite Duras : Je pense que c’est une pièce sans personnage. Je donne certaines propositions. […] Mon rôle est ici de rendre compte de ce qu’est un amour.
[…]
Il n’y a sans doute rien de plus difficile que de décrire un amour. Pourquoi c’est difficile ? Parce que l’amour, c’est la monnaie courante de toutes les oeuvres, culturelles, musicales, picturales, romanesques, philosophales et tout. Il n’y a rien de moins cernable, c’est la banalité inépuisable, inépuisée. Je crois que, jusqu’à son dernier soupir, l’humanité se nourrira de ça, du conte amoureux. Et c’est là, dans sa plus grande banalité, qu’elle est au mieux de l’égalité, au plus près de l’égalité dans son passage à la mort et dans son silence.
L’amour ne peut être connu, vu, que de loin, du dehors. Dès qu’il commence, il perd la faculté de se dire, il s’obscurcit et se ferme sur lui-même. Ne reste que cette apparence toujours miraculeuse des amants – apparence à partir de quoi on essaie de les atteindre.